L’initiative “la Ceinture et la Route” : une véritable situation gagnant-gagnant ou une double victoire pour la Chine ?

L’initiative “la Ceinture et la Route” : une véritable situation gagnant-gagnant ou une double victoire pour la Chine ?
L’initiative “la Ceinture et la Route” : une véritable situation gagnant-gagnant ou une double victoire pour la Chine ?

En tant que deuxième économie mondiale, nation la plus peuplée avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants, plus grand émetteur de carbone et l’une des économies mondiales à la croissance la plus rapide, l’action climatique de la Chine aura une influence décisive sur l’inclinaison de la courbe des températures à 1,5 °C, car requis par l’Accord de Paris. La Chine a émis plus d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) en 2019. Les émissions de CO2 du pays ont atteint un nouveau record d’environ 12 GtCO2 au cours des 12 mois précédant mars 2021.

Néanmoins, les contributions déterminées au niveau national (CDN) mises à jour manquent de l’ambition requise pour être démontrée par la Chine dans la lutte mondiale contre le changement climatique. Il semble que la Chine n’ait pas fait de son mieux pour affronter le plus grand défi jamais rencontré par le collectif mondial. Parmi les faits marquants, la Chine s’est engagée à atteindre un pic de ses émissions de carbone avant 2030 et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. L’efficacité de ces engagements pour atteindre la compatibilité avec l’objectif de 1,5°C n’est pas claire. La nature carbone-centrée de ces engagements tout en restant muets sur les émissions de GES non-carbone est préoccupante.

Mais l’objectif principal ici est d’attirer l’attention sur la possibilité que la Chine exporte probablement ses émissions de carbone vers les pays de la Ceinture et de la Route (BRI). Alors que les projets BRI émettent d’importantes émissions de GES dans les pays hôtes pour lesquels ces pays sont tenus responsables, une partie importante des gains économiques résultant de ces projets est accumulée par les circonscriptions chinoises.

La BRI, en tant qu’initiative internationale de développement d’infrastructures, est intrinsèquement à forte intensité de carbone étant donné que son objectif principal a été de construire des infrastructures conventionnelles par rapport aux infrastructures vertes. La construction d’autoroutes, de voies ferrées, de centrales électriques, de ports, entre autres, est essentiellement un exercice à forte intensité de ressources et d’énergie entraînant des émissions de GES.

Malgré la défense des énergies renouvelables dans le pays, l’infrastructure énergétique dominant les projets de la BRI est basée sur les combustibles fossiles. en énergie non renouvelable. En fait, entre 2014 et 2017, les combustibles fossiles représentaient 91 % des prêts syndiqués du secteur de l’énergie de six grandes banques chinoises aux pays de la BRI. Au lieu de liquider ses actifs dans le secteur du charbon dans le cadre de sa transition verte, la Chine a plutôt transféré ses anciennes technologies du charbon les moins efficaces et les moins efficaces aux pays de la BRI.

Les industries chinoises en déclin telles que la fonte du cuivre et de l’aluminium, le ciment, la fabrication du papier, le fer et l’acier, etc. pour leur utilisation productive. Les lignes ferroviaires à grande vitesse chinoises qui ont atteint la saturation en sont un autre exemple, car ces industries sont très intensives en carbone.

La BRI est principalement une entreprise financée par la dette, ses principaux prêteurs étant la CDB et la China EXIM, ainsi que certaines banques commerciales d’État. Bien que ces prêts ne soient assortis d’aucune condition de réforme politique ou économique, ils ne sont pas essentiellement axés sur le développement et devraient produire un retour commercial. Cela est évident dans la réticence de la Chine à annuler sa dette même face à la pire crise humanitaire déclenchée par la pandémie de COVID-19 et sa relative affinité pour l’octroi d’un délai de grâce et le rééchelonnement des remboursements, en prolongeant la maturité de la dette et des lignes de crédit.

Les projets BRI sont en grande partie attribués à des entreprises chinoises, prouvant l’affirmation creuse de Pékin selon laquelle de tels projets sont ouverts aux appels d’offres universels et aux partenariats étrangers. En fait, une enquête auprès des entrepreneurs participant aux initiatives de la BRI a révélé que 89 % sont d’origine chinoise, 7,6 % sont des entreprises locales ayant leur siège dans le pays hôte où le projet est entrepris et 3,4 % sont des entreprises étrangères, essentiellement non chinoises, originaires de de pays autres que celui où le projet est en cours.

Il a été signalé que les entreprises de la BRI embauchent de la main-d’œuvre chinoise plutôt que de la main-d’œuvre locale. La présence significative de la Chine sur le continent africain est bien documentée. Environ 182 000 Chinois travaillaient en Afrique à la fin de 2019. Environ un million de travailleurs chinois ont été officiellement embauchés à l’étranger en 2019, et de nombreux autres travaillaient de manière non officielle. Cependant, la composition, en termes de nationalité, de la main-d’œuvre sur les projets BRI devrait varier selon la géographie. Une plus grande proportion de la main-d’œuvre chinoise est susceptible d’être employée par des projets d’infrastructure à grande échelle exécutés par des entreprises publiques chinoises pour répondre à l’offre excédentaire nationale. Partout où de la main-d’œuvre locale est embauchée, leurs conditions de travail ont été signalées comme étant pitoyables. C’est également vrai pour la main-d’œuvre chinoise. En fait, préférer la main-d’œuvre chinoise à la main-d’œuvre locale dans certaines régions peut être dû à leur relative vulnérabilité.

La promesse de la BRI était de stimuler le PIB mondial, de réduire les coûts du commerce mondial et de transformer les pays hôtes en économies compétitives à l’échelle mondiale en s’attaquant à leurs infrastructures et aux goulets d’étranglement transformationnels. La promesse était d’accélérer la croissance économique dans les pays de la BRI. Au contraire, la BRI a déclenché une crise de la dette dans les pays hôtes en aggravant leurs problèmes d’endettement et en les rendant intenables par nature. Cette situation a été encore aggravée par la crise déclenchée par la pandémie. Où est la croissance économique promise par la BRI ? Une telle croissance aurait contribué à atténuer les problèmes d’endettement auxquels sont confrontés les pays participant à la BRI.

Il semble que si la BRI à forte intensité de carbone a dépensé les budgets carbone limités des pays hôtes, elle a réussi à saisir les gains économiques qui ont entraîné ces émissions de carbone dont les pays hôtes sont tenus responsables. Ces émissions de carbone sont comptabilisées comme étant le résultat des activités économiques des pays hôtes plutôt que celles de la Chine. Les paiements d’intérêts sur la dette de la BRI, les bénéfices réalisés par l’exécution des projets de la BRI, les opportunités d’emploi créées par ces projets et les revenus qui en découlent sont appropriés par les banques, les entreprises et la main-d’œuvre d’origine chinoise. La qualité des emplois créés par les projets BRI est loin d’être décente, ayant raté une occasion précieuse de mettre à profit les émissions de carbone.

Les pays hôtes auraient très bien pu utiliser leurs budgets carbone consacrés à la BRI pour créer une croissance économique, des profits et un travail décent pour leurs ressortissants, bien sûr, avec le bon type d’assistance. La communauté mondiale est en partie responsable de ne pas avoir proposé l’aide économique requise par les pays moins développés de la BRI comme alternative crédible au modèle d’assistance chinois sous la forme de la BRI.

La communauté mondiale doit exercer une pression constructive sur la Chine pour qu’elle révèle son empreinte carbone dans les projets BRI. Étant donné que le changement climatique est sur tous, ces pays BRI moins développés se trouveront gravement contraints de gérer le compromis entre le réchauffement climatique et la croissance économique. La Chine doit être obligée de faire en sorte que la BRI génère de véritables gains de développement pour les pays hôtes tout en utilisant leurs budgets carbone. La Chine doit également tenir sa promesse de faire de la BRI une initiative « verte », à laquelle elle a plus ou moins échappé jusqu’à présent.
Source : Observer Research Foundation (https://www.orfonline.org/expert-speak/the-belt-and-road-initiative/)

 
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