Les trois erreurs clés que l’ONU doit éviter dans la recherche de la paix en Éthiopie

Les trois erreurs clés que l’ONU doit éviter dans la recherche de la paix en Éthiopie
Les trois erreurs clés que l’ONU doit éviter dans la recherche de la paix en Éthiopie

Il y a des demandes croissantes pour que le Conseil de sécurité de l’ONU agisse sur la guerre au Tigré. Le Conseil de sécurité a tenu 11 sessions sur la guerre qui a commencé au Tigré il y a un an. Mais chaque session s’est terminée sans même une seule déclaration officielle. La Russie et la Chine — se cachant derrière la position des trois membres africains du Conseil, le Kenya, le Niger et la Tunisie — ont défini le problème du Tigré comme un problème interne éthiopien.

Il n’y a aucun endroit au monde où l’asymétrie mondiale du pouvoir se manifeste aussi vivement qu’au Conseil de sécurité. Que les autres membres du Conseil de sécurité soient d’accord ou non, il ne peut y avoir de résolution si l’un des cinq membres permanents s’y oppose. Cela a jusqu’à présent laissé le Conseil de sécurité dans la position par défaut de laisser la question au gouvernement éthiopien.

L’équilibre du pouvoir dans le conflit a changé en faveur des Forces de défense du Tigré. Ce nouveau développement pourrait susciter un regain d’appétit pour le conseil d’adopter une résolution. Dans un tel cas, le Conseil devrait tirer les leçons des erreurs précédentes et en particulier de sa résolution 2216 sur le Yémen et ses conséquences. La résolution a été prise en 2015.

Une résolution du Conseil de sécurité peut être un instrument de paix – mais elle peut aussi y être un obstacle.

Résolution de l’ONU 2216

Au moment où le Conseil de sécurité s’est réuni et a adopté la résolution 2216 et a reconnu le régime d’Abd Rabbu Mensour Hadi – qui avait été nommé par intérim – comme la seule entité légitime à gouverner et a demandé aux Houthis de désarmer et de se retirer sur leurs positions d’avant 2014 , la guerre civile au Yémen s’était intensifiée. Malgré la bonne intention de la décision, certains articles de la résolution ont fini par être une meule autour du cou de l’ONU.

Les trois erreurs clés de la résolution sont :

  • sa légitimation complète et inconditionnelle du gouvernement intérimaire de Mansour Hadi

  • son appel au désarmement complet et inconditionnel des Houthis

  • sa demande de retrait des forces Houthis à leurs positions d’avant 2014.

En termes simples, une résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire face à la crise yéménite a fini par restreindre ses efforts pour ramener la paix au Yémen.

Il y a quelques parallèles avec la situation au Tigré. Il s’agit notamment de la nature contestée de la légitimité du gouvernement central ; une force régionale étant le principal belligérant du gouvernement central ; et le déplacement des rapports de force vers la force régionale.

Éviter les mêmes erreurs

La cause originelle de la guerre du Tigré trouve ses racines dans le remplacement de la Constitution fédérale par le gouvernement fédéral par un régime unitaire dirigé par le centre.

Un an plus tard, la guerre du Tigré est maintenant à son apogée avec des rapports selon lesquels la force de défense du Tigré a repris le terrain perdu et s’est étendue à l’Amhara.

Quoi qu’il arrive ensuite, la Tigray Defence Force a montré qu’un triomphe militaire complet pour les forces fédérales est hors de question.

L’Éthiopie est donc au bord de l’escalade de la guerre civile et de la faillite de l’État. C’est le moment de se préparer à une action internationale concertée pour empêcher une nouvelle dérive et un effondrement complet pour cette nation de plus de 114 millions d’habitants.


Lire la suite : Pourquoi l’effort de médiation de l’Union africaine au Tigré est un échec


Le Conseil de sécurité doit veiller à ne pas commettre d’erreurs similaires à celles du Yémen dans ses délibérations et ses décisions. Trois questions clés doivent être traitées avec précaution : la légitimation des parties impliquées ; redéploiement des forces; et le désarmement et la maîtrise des armements.

Légitimation : Par définition, dans une guerre civile, chaque partie conteste la légitimité de l’autre. Le Conseil de sécurité tend naturellement à respecter l’autorité du gouvernement en place, mais il est imprudent d’accorder à ce gouvernement une légitimité inconditionnelle. Ce qu’il faut, c’est un dialogue national inclusif pour tracer l’avenir d’une Éthiopie pacifique et prospère. Le gouvernement éthiopien n’est pas compétent pour organiser et mener une telle expérience. La conception, l’organisation et la direction d’un tel forum devraient faire partie de la négociation pour un règlement politique.

Redéploiement des forces : Le gouvernement américain et l’Union européenne ont exigé la cessation des hostilités et le redéploiement des forces sur leurs positions d’avant novembre 2020. L’Union africaine aussi.

Le problème avec une telle proposition est sa tentative de lier implicitement ou explicitement la fourniture d’une aide humanitaire au Tigré avec un cessez-le-feu. Mais l’obligation pour les parties belligérantes de respecter le droit international humanitaire ne doit pas être subordonnée à un cessez-le-feu.

Désarmement et maîtrise des armements : La guerre jusqu’à présent a fini par créer deux armées conventionnelles. Les Forces de défense du Tigré ont capturé de grandes quantités d’armes au cours de la guerre. Il s’agit notamment des chars, des obusiers et des véhicules blindés, mais aussi des systèmes de missiles. Elle n’existait pas avant cette guerre : elle a été créée en réponse à elle.

Cette armée se bat maintenant pour la pleine réalisation du droit du peuple du Tigré à l’autodétermination. Cela inclut la sécession. Il est donc impossible de parler de désarmement à l’heure actuelle. Tout ce qui peut être sur la table, c’est le contrôle et la gestion des armements.

Règlement politique

Pour garantir la paix, le Conseil de sécurité pourrait maintenir sur ses sites un processus de paix en trois phases qui, à mon avis, a le potentiel de garantir un règlement politique.

La première phase pourrait inclure la suspension immédiate des hostilités dans le but limité d’un accès humanitaire sans entrave ; restauration des services essentiels; et le retrait des forces érythréennes et de la milice amhara du Tigré.

Parallèlement à cela, il faudrait mettre fin à la propagande hostile et à l’incitation à la violence.

Enfin, la libération des prisonniers politiques comme préalable indispensable aux négociations.

La deuxième phase impliquerait des négociations directes en vue d’un cessez-le-feu permanent conclu directement entre le gouvernement fédéral et l’administration régionale du Tigré. Les parties négocieraient des principes clés, des actions clés, des échéanciers, etc., pour un règlement politique complet.

Cela conduirait à la phase trois, au cours de laquelle un dialogue politique national inclusif commencerait. Cela se terminerait, espérons-le, par un règlement politique complet et au niveau national.

En suivant cette voie, le Conseil de sécurité s’assurerait de ne pas répéter les erreurs commises au Yémen.

 
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